Ali Ahani : "Les Américains, avec leur "Nouveau Moyen-Orient'', mettent le feu à la région"
Quelle est la position de l'Iran face à la guerre au Liban ?
Nous sommes sincèrement navrés de cette crise, et de la situation dramatique dans laquelle le peuple libanais se trouve. Il va de soi que tous les pays qui pourraient agir doivent le faire. Il faut mettre fin aux bombardements meurtriers. L'Iran et la France disposent du potentiel nécessaire pour mener des consultations. Les déclarations du président Chirac (sur l'Iran) au Monde sont réalistes, et sont un très bon point de départ. Les échanges ont déjà commencé avec la rencontre entre nos deux ministres des affaires étrangères à Beyrouth. La première priorité est de mettre fin à ce déluge de feu. Ensuite, il faut apporter de l'aide humanitaire à toutes les personnes qui souffrent, et que les réfugiés retournent dans leurs foyers - il y a un million de réfugiés au Liban, c'est le quart de la population ! L'attitude du Conseil de sécurité (de l'ONU) est vraiment navrante. Elle est le résultat direct de la volonté politique des Etats-Unis, car les Américains souhaitent accorder plus de temps aux Israéliens. Pourtant, nous entrons dans la quatrième semaine de bombardements et il est clair que les Israéliens n'ont pas atteint les objectifs qu'ils s'étaient fixés. Il est désolant de constater que les Américains, avec leur "Grand Moyen-Orient", et maintenant leur "Nouveau Moyen-Orient", donnent un feu vert aux Israéliens et mettent le feu à la région.
Quel rôle peut jouer l'Iran pour résoudre le conflit, notamment en raison de son influence sur le Hezbollah ?
Nous avons insisté sur la nécessité d'un cessez-le-feu immédiat, car il n'y a pas de solution militaire. Quant au Hezbollah, nos relations ont toujours été affectives et spirituelles, il n'est pas aux ordres de l'Iran. Il joue un rôle indépendant sur la scène libanaise et primordial dans la défense du pays. Ce qui explique que son prestige s'accroît chaque jour, au Liban, dans le monde arabe, et même dans certains pays occidentaux.
L'Iran soutient-il militairement le Hezbollah ?
Cela fait partie des accusations américaines. Le Hezbollah a de multiples canaux pour se procurer ce dont il a besoin...
Que pensez-vous d'un déploiement d'une force internationale au Liban sud ?
Avec quel objectif ? Celui d'assurer la paix et la sécurité du côté libanais, ou uniquement de conforter les intérêts d'Israël ? Il serait peut-être bon que cette force soit aussi présente au nord des territoires occupés (au nord d'Israël) afin de garantir la sécurité d'Israël...
Quel but poursuit le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, en répétant ses appels à la disparition d'Israël ?
Il faut voir où et dans quel contexte il fait ces déclarations. Ensuite, examiner l'analyse précise du président iranien. Elle est basée sur ce constat : si on regarde tous les événements survenus depuis la création de l'Etat d'Israël, on s'aperçoit que toutes les tensions régionales trouvent leur source dans la création de cet Etat.
Y a-t-il un lien entre la crise sur le nucléaire iranien et la guerre au Liban ?
Notre sentiment de mécontentement de l'approche française sur le nucléaire ne veut pas dire que nous ne sommes pas déterminés à aider à trouver une solution à la crise libanaise. Les aspects humains et le sentiment d'urgence nous incitent à tout faire pour chercher une solution.
En présentant vos lettres de créance en juillet, vous avez transmis une lettre du président Ahmadinejad au président Chirac. Etes-vous déçu que M. Chirac n'ait pas répondu ?
Chaque courrier nécessite une réponse, c'est naturel. Nos homologues français ont précisé qu'ils nous apporteraient une réponse le moment venu. Les paroles du président Chirac m'incitent à croire que ce courrier a attiré son attention.
Sur le nucléaire, souhaitez-vous un dialogue direct avec les Etats-Unis ?
Rien ne laisse penser que les Américains veulent vraiment arriver à une solution. Tant qu'ils auront cette attitude, il n'y a pas besoin de négociations. Nous négocions avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et les Européens. Notre espoir est que les négociations mènent à une formule acceptable pour tous. Nous ne voulons de confrontation sous aucun prétexte. Pour discuter, pas besoin d'armée, mais d'inspections précises auxquelles nous sommes ouverts. L'Iran poursuit l'enrichissement d'uranium d'un côté, son président appelle à la disparition d'Israël de l'autre.
Comprenez-vous l'inquiétude de la communauté internationale ?
Le programme nucléaire civil iranien ne déviera jamais vers un programme militaire. Notre doctrine de défense militaire est claire et les armes de destruction massive n'ont, sous aucun prétexte, leur place dans cette doctrine. L'arme nucléaire ne pourra jamais assurer notre sécurité. Qui, dans le monde d'aujourd'hui, pourrait utiliser une arme nucléaire ?
La crise nucléaire et le soutien au Hezbollah apporté par la Syrie et l'Iran ne peuvent-ils contribuer à un embrasement régional ?
Nous ne souhaitons nullement une hypothèse militaire au niveau régional. Un soutien apporté au Hezbollah ne signifie pas que les Israéliens peuvent se permettre d'agir contre la Syrie ou l'Iran. Mais si Israël veut déclencher une troisième guerre mondiale, voyons si les Américains les laissent faire...
Propos recueillis par Marie-Claude Decamps et Rémy Ourdan _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Damas et Téhéran misent sur la "résistance" du Hezbollah
Près d'un mois après le déclenchement de la guerre entre le Hezbollah et Israël, la Syrie et l'Iran ne cachent plus leur jeu. Au moment où la diplomatie tente de faire taire le langage des armes, les responsables des deux pays entendent avoir leur mot à dire et leurs intérêts à défendre, comme s'ils faisaient la guerre par Hezbollah interposé. Ainsi, le projet de résolution franco-américain était-il à peine connu, dimanche 6 août, que les présidents syrien et iranien, Bachar Al-Assad et Mahmoud Ahmadinejad, décidaient d'un commun accord qu'il s'agissait d'un "texte unilatéral et injuste".
A en croire l'agence iranienne officielle Irna, M. Ahmadinejad a prévu que "les Etats-Unis et l'entité sioniste occupante seront vaincus grâce à l'unité et à la solidarité entre le peuple libanais et la nation islamique". Le même jour, Ali Larijani, président du Conseil national de sécurité iranien, tenait des propos similaires.
Une semaine plus tôt, lors d'une visite à Beyrouth, le ministre iranien des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, s'était déjà autorisé à tracer en pointillés le point de vue de son pays quant à la manière de mettre fin à la guerre. Il s'était fait mettre les points sur les "i" par le premier ministre libanais, Fouad Siniora. Ce dernier l'a révélé lui-même, lundi 7 août, lors d'une conférence de presse, sans fournir de détails.
Lors de sa conversation avec M. Ahmadinejad, le président syrien, selon l'agence iranienne, a pour sa part rendu un hommage appuyé à "la résistance héroïque du Hezbollah". Il a estimé que le projet de résolution franco-américain "sert les intérêts de l'entité sioniste" et que "le déploiement de forces internationales bénéficiant d'un mandat étendu entraînerait le chaos dans ce pays". Son ministre des affaires étrangères, Walid Al-Moallem, a renchéri le même jour, en déclarant au Liban que " Nasrallah (le secrétaire général du Hezbollah) et la résistance défendent la dignité de la nation (arabe) et son unité."
LES LIBANAIS IRRITÉS
Ce genre de propos est formellement rejeté par une grande partie des dirigeants libanais et de l'opinion publique, qui estiment que leur pays a suffisamment payé seul le prix des conflits régionaux. Le plus virulent d'entre eux est Walid Joumblatt qui, dès dimanche soir, rétorquait à M. Moallem qu'il est "facile de faire de la surenchère jusqu'à la dernière goutte de sang libanais". "Lion au Liban et lapin sur le Golan", a-t-il ajouté, faisant allusion à la fois au patronyme du président syrien (Assad signifie "Lion") et au fait que le front du Golan est parfaitement calme depuis les accords de désengagement israélo-syriens de 1974.
"Pour l'instant, d'un point de vue strictement politique, le conflit a profité à la Syrie : il lui a permis de revenir en force dans le jeu régional. Sa carte majeure, c'est le Hezbollah, bien sûr, note le correspondant à Damas du quotidien Al-Hayat, Ibrahmi Hamidi. Qu'en fera-t-elle ?" Elle peut obtenir certaines garanties, concernant, par exemple, un soutien économique et financier de certains pays européens. Peut-être même des accords de coopération, avance-t-il. Mais les raisons de pavoiser, reconnaît-il, sont limitées.
"Militairement, le Hezbollah a gagné : il a montré qu'il pouvait résister à Israël. Symboliquement, c'est très important. Mais les Américains vont tout faire pour l'affaiblir politiquement."
Mouna Naïm et Catherine Simon _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
"Òîò êòî ãîâîðèò î ìèðå, äîëæåí ïîíèìàòü, ÷òî ìèð è ñîïðîòèâëåíèå îêêóïàöèè èäóò âìåñòå. Ìû – Ëèâàí, Ñèðèÿ è Ïàëåñòèíà, íå ñëîæèì îðóæèÿ, ïîêà íå îñâîáîäèì îêêóïèðîâàííûå çåìëè". _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
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